jeudi 27 août 2009

On a retrouvé l’Arche de Noé sur Saint Denis

En ce moment j'ai envie de faire la cuisine comme de me pendre. Je finis donc par passer le plus clair de mes lunchs à Wok and Roll sur Saint Denis, entre Rachel et Marie-Anne. Avec mon fils, c'est notre cantine préférée. Déjà les plats sont bons et pas chers mais en plus c’est diner-spectacle. Pour mon ninja (oui l'époque Spiderman est officiellement révolue, il est dans les Tortues Ninja maintenant.... misère) c'est plutôt l'aquarium géant avec les poissons qui lui font la soirée. Pour moi c'est les gens dans la salle. Entre conversations navrantes et attitudes faussement désinvoltes, y'a de quoi faire.

Y'a les pitounes maquillées comme des voitures volées qui passent plus de temps à texter sur leur cellulaire rose plutôt que se parler. Les touristes parisiens qui se croient obligés de commenter sur l'accent des gens assis juste à côté. Le mec tout seul qui fume clope sur clope à la terrasse en regardant tout le monde par en dessous. La famille de roux sortie toute droit d'un film de Jeunet. Le « prof » qui parle plus fort que tout le monde et aligne des poncifs usés comme les genoux des pantalons de mon fils. Une sorte d'arche de Noé des losers.

Oh! mais je m'inclus dedans. Moi je pleure à chaque fois que je mange leur soupe de boeuf saignant. Pas parce que ça me rappelle des souvenirs d'enfance mais parce que je mets toujours trop de Sriracha (c'est la bouteille rouge avec le piment Thai). Mon fils a pris l'habitude, il me tend une serviette en papier pour que je me mouche le nez et il continue sa conversation la bouche pleine.

Je tiens cette manie de mon père (oui, je sais, ça faisait longtemps!). Il a toujours une canisse de pâte de piments faite maison dans le frigo est il la sort à TOUS les repas. Il tartine tout avec ce truc. Comme il en met toujours trop, il se lève en plein milieu du repas et va se moucher et sécher ses larmes dans un coin.

Pour en revenir à la faune du resto, hier soir on a eu droit à une brochette de gagnants: L'un faussement Hidalgo, vraiment né à Hochelaga. Le cheveu gominé, plaqué, mais surtout très clairsemé. L'autre, son copain, qui semble tout droit sorti d'un film de zombie (encore un que sa mère a dû laisser tomber quand il était petit). La serveuse dépose les plats sur leur table et le plus moche lui demande d'un ton péremptoire: "Y nous faut des bâtons!" Elle me tournait le dos mais je pouvais juste imaginer son air surpris. "Des quoi?" Et le voilà qui fait le geste pour expliquer : index et annulaire en ciseaux, il mime les "bâtons". Son collègue lui vient en aide en énonçant haut et fort: "des sticks"! Il voulait des baguettes.... l’handicapé des synonymes ! Ça doit être le frère de notre handicapée du solfège.

J'ai arrêté de mâchouiller mes nouilles pour écouter leur conversation dont je vous relate un extrait verbatim :

- Demain j'suis occupé. Je sors avec ma copine.
- Ah ouais? T’as une copine ? C’est qui ?
- Euh, c'est Lisa.
- Ben... je croyais qu'elle sort avec Steve?
- Euh, ouais.
- J'aime pas trop ce Steve.
- Moi non plus. C'est un criss d'épais. La prochaine fois que j'le vois, j'lui casse la gueule. Tu vois, si j'le vois comme ça dans la rue, je traverse et j'lui casse la gueule.
- Ah, tu le connais?
- Non.

J'ai continué à manger mes nouilles.

Sans rancune….

vendredi 14 août 2009

Acte II - Dans la boîte à sardines

Richard Branson en a rêvé, Air transat n'a même pas essayé de le faire ou comment rendre les voyages transatlantiques parfaitement nauséabonds.....

J'ai gagné, je suis la dernière embarquée. Ah ! Un monsieur bien propre sur lui, assis juste là où je comptais poser mes fesses. Hmmmm.. Je sors ma carte, vérifie que j'ai bien regardé le numéro du siège et pas celui du vol (quoi? comme si ça vous était jamais arrivé...). Il me tend sa carte d’embarquement et il est marqué 4H, comme sur la mienne. On est mal barrés. L'espace d'une seconde, je me suis dit que finalement c'est bien sur les genoux du pilote que j'allais finir ce voyage. On reprend tous en coeur: Toute ma vie j'ai rêvé...... lalala

Pendant que l'hôtesse de bord court partout pour trouver une solution j'ai le temps de réfléchir à la probabilité que ce genre de choses arrive. Ils doivent avoir des logiciels relativement sophistiqués qui font que, au fur et à mesure des enregistrements, les sièges distribués deviennent indisponibles. Mais si deux agents d'enregistrement tapent simultanément (et là je veux dire à la nano-seconde près) un même siège... Paf ! On se retrouve comme une idiote debout dans un avion bondé où absolument tout le monde est assis et vous regarde avec un brin d’agacement.

Bref, la brave dame trouve une solution et me propose deux sièges au fond. Genre les deux derniers sièges. Vous savez ceux juste à coté des toilettes et de la cuisine.... Royale, je cède la place au monsieur qui prend un air sombre en se dirigeant vers l'arrière. Oui, je sais, c'était pas facile à voir de dos mais c'était évident qu'il avait l'air sombre. En tout cas, j'étais assez content de moi car entre un siège couloir au 4H et les sièges du fond avec les bagages et le charbon... Le choix est vite fait.

Aussitôt que j'ai posé mon séant, j'ai regretté de ne pas avoir pris les sièges classe "esclaves dans la soute". À côté de moi, un bûcheron, ou en tout cas un qui se donne l’air de. Il porte un pull irlandais, le genre véritable pull irlandais, pas une copie Wal-Mart. Non, le truc qui te fait automatiquement prendre trois tailles en épaisseur.... Qui porte un truc pareil quand il sait qu'il va se retrouver coincé pendant 7hrs dans une boite de sardines à 10 0000 pieds au-dessus du niveau de la mer? On n'avait même pas décollé qu'une feinte odeur de transpiration se dégageait du bûcheron et les trois mots que j'ai échangés avec lui ont confirmé ma première impression : oh la vache!

Les roues de l'avion ont à peine quitté le sol que le bûcheron, qui est accompagné de sa bûcheronne, se sent obligé de faire les sous-titres à voix haute. Pas du film. Il commente bien fort la carte en temps réel qui indique l'heure locale, la vitesse et dans combien de temps le calvaire va finir, le tout avec des grands gestes à dix centimètres de mon nez, car, en plus de lui expliquer (quoi, je sais pas, y'a franchement pas grand chose à dire sur le petit avion qui se déplace en clignotant) il faut montrer du doigt! Une autre chanson (?) me passe alors par la tête: Plus près de toi mon Dieu, plus près de toi....

Il faut bien sûr qu'il aille aux toilettes en plein moment du film où ça devient intéressant mais au moins j'ai quelques minutes de paix : depuis le départ je prenais de grands coups de coude ou de cuisse. Le béotien revient et je finis par trouver une position qui met un peu de distance entre lui et moi, au prix d’un futur mal de dos. Il s'endort. Et là, je jure que c'est vrai, en moins de cinq minutes, il ronfle tellement fort que je n'arrive plus à entendre le film que j'avais pourtant mis à fond les ballons. Il faut inclure là dedans le vacarme habituel d'un avion et le fait que j'ai des écouteurs réducteurs de son...


L'hôtesse repasse, je l'attrape par la manche et lui demande si c'est casher de légèrement balancer un coup de coude au mec. Voulant éviter un pugilat en plein air, elle m'installe en première. Mettons-nous d'accord, le mot "première classe" pour Air Transat est une hallucination de leur équipe marketing. Mais au moins j'étais loin de l'abruti sonore.

Quand on s'est retrouvé en ligne pour le contrôle de passeport, le bûcheron irlandais s'est tourné vers sa femme et a déclaré sans vergogne : "La nuit a été courte !" Là c'est pas une chanson qui m'est passée par la tête, plutôt une ligne des Tontons flingueurs: "Les cons ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît."

Roulement de tambours :
la semaine prochaine, Acte III. Où nous nous questionnerons sur la force de la pensée positive, la vélocité du moineau, les carottes râpées et pourquoi l'intelligence vient de la mère (non, pas de la mer).

Ah oui ! j'allais oublier. Comme j'ai une aisance toute particulière avec les mots, une habileté indéniable à trouver du poétique dans le trivial, enfin un certain "je ne sais quoi" comme disent les Anglais, on m'a demandé de faire une revue de livre car il semblerait que ceux qui font ça depuis plusieurs semaines se soient faits recruter par le New York Times. Alors voilà: Je vous conseille Dreams from my Father de Barack Obama: "C'est très bien."

Sans rancune......

Périple avec des Ostrogoths (ou des Wisigoths, vous savez moi les accents…)

Je rentre de Paris où j’ai passé trois jours. Ben quoi? c’est sympa comme destination de fin de semaine, on n’y pense jamais.

Quelque part, ça faisait tellement longtemps que je n’étais pas allée en France, j'avais l'impression que j’allais me retrouver à la cour de Kaamelott mais en moins drôle. Et j’y allais vraiment à reculons…. je déteste prendre l'avion. Après avoir loggué 100.000 miles par an j'ai pris ma retraite anticipée des aéroports bondés, des plateaux repas débordant de salmonelle, des valises perdues, des correspondances loupées et autres joyeusetés inhérentes aux voyagements aériens.

Ça n’a pas toujours été le cas. Il y a dix ans je faisais plus de voyages qu’une hôtesse de l’air. Quand je m’en suis rendue compte, j’ai eu la chanson de Dutronc coincée dans la tête pendant des semaines. À chaque fois que j’arrivais à un aéroport je commençais à siffloter « toute ma vie j’ai rêvé d’être une hôtesse de l’air, toute ma vie j’ai rêvé d’avoir les fesses en l’air ».

En fait, c’est pas vraiment vrai : j'adore prendre l'avion mais c'est juste le principe qui me plait, la mise en oeuvre est toujours à vomir. Un peu comme la religion, le principe est formidable mais la mise en oeuvre laisse sérieusement à désirer. Après tout il n'est marqué nulle part dans la Bible que les petits garçons sont une exception au célibat des prêtres. C'est marqué nulle part dans le Coran que les femmes doivent pas porter de pantalons, et y'a pas de mention dans le talmud que le tofu c’est pas casher. L’opérationnalisation des plus belles idées laisse toujours à désirer. Y’a qu’à voir la démocratie, le recyclage ou encore l’école primaire dans notre merveilleuse province.

En tout cas, si les voyages forment la jeunesse, ils fatiguent les vieux. Pendant que je récupère du décalage horaire, il est hors de question que je fasse la cuisine. Je me suis donc dit (oui, j’aime bien me parler à moi même, souvent à voix haute et parfois dans la rue, normal) que je devais vous narrer deux trois détails intéressants de mon dernier périple. Ça mettra dans l’ambiance les inconscients qui partent en août et ça rappellera des souvenirs aux malheureux qui rentrent.

Donc, la semaine dernière, j’arrive à l'aéroport Dorval (ou Trudeau, personne n’est réellement certain). Dans l’espoir de ne pas être coincée dans le siège du milieu, je fais un peu de charme au gamin qui enregistre mon sac et me voila propulsée à un siège au 4ème rang. Si mon décolleté avait été un peu plus profond, j'aurais atterri sur les genoux du pilote. Ah! Ah! pilote, atterri, hmmmm, j'me fais rire toute seule.

Je m’installe dans la salle d’embarquement après avoir passé le contrôle de sécurité et leurs nouveaux TOC : les flacons dans un sac en plastique. Quand j’étais jeune, c’était ma grand-mère qui faisait ça. Je trouve tellement touchant que les douanes aient rien d’autre à glander dans la vie que de se préoccuper que nos tubes de crèmes et de dentifrice aillent pas tâcher nos sacs. Vraiment trop cute ! et après ils nous disent que c’est pour des raisons de sécurité. C'est sûr, ça doit être ça la dernière catastrophe aérienne : une vieille qu’avait pas mis sa préparation H dans un sac en plastique.

Bref, j’ai toujours adoré les rituels des voyageurs aériens. Une pièce de Feydau en 3 actes :

Acte 1 : la salle d’embarquement. Au moment même où un(e) employé(e) arrive et commence à pitonner derrière son petit comptoir, tac, y’en a dix qui se lèvent et viennent se planter sous son nez. Et puis ils le (la) regardent fixement pendant 30 minutes. Pendant ce laps de temps, y’en a d’autres qui se mettent debout et vont plus ou moins se mettre derrière. À chaque fois, je me demande ce qu’ils font, au lieu de rester tranquillement au bar à siroter un double bloody-mary (moi il me faut ça pour supporter un vol transatlantique), acheter un magazine au point presse (ben pour une fois qu’ils liraient autre chose que le journal de Montréal !) ou encore profiter des derniers instants où on peut encore se mettre debout et marcher.

J’ai toujours eu envie d’aller leur demander :
« Qu’est-ce que vous faites là alors que vous savez pertinemment que c’est pas premier arrivé-premier servi, qu’ils embarquent les familles et les éclopés de la vie en premier et, qu’après, ça commence par les sièges du fond ? Hein ? Hein ? Hein ?». Parce que les anxieux du premier rang, ils n’ont pas d’enfants, pas de fauteuil roulant et ils sont généralement assis au 6D. Si j’avais eu la mauvaise idée de me faire engager par Air Transat, je pense que j’aurais été virée au bout de 3 jours car, au premier zozo qui m’aurait fait le coup de se lever et venir regarder ce que je fais, je lui aurais demandé fermement d’aller garer ses miches ailleurs s'il veut pas que je lui arrange une fouille au corps par un collègue qui préfèrera ça plutôt que mettre des tubes de fond de teint dans des petit Ziplocs.

Bon y’a le sushi volant qui frappe à la porte, je vous l’ai dit, je fais pas la cuisine tant que mon corps est pas synchro avec l’heure locale. Ça risque de durer jusqu'au changement d’heure….

La semaine prochaine : Acte 2 - Le voyage. Où vous rencontrerez un bûcheron, des erreurs informatiques, un grave problème d’apnée et un équipage désespérément à la recherche de solutions. À suivre….

Les gnocchis à l'insupportable

La dernière fois, je vous parlais de l'handicapée du solfège qui sévit au dessus de chez ma soeur. Quand elle commence à faire de la musique, elle fait retomber nos soufflés et cailler le lait. Jusque là, elle ne jouait que du piano mais, depuis quelques jours, elle prend des cours de clarinette. Pourquoi vouloir jouer mal de la clarinette quand on joue déjà mal du piano ? C'est étonnant comme le berceau génétique de Félix Leclerc, Céline Dion (ah ben, on a beau pas aimer, il faut reconnaître qu'elle sait pousser sa note, elle) et Luc Plamondon peut engendrer une telle dégénérescence musicale. D'ailleurs, il parait que Van Gogh ne s'est pas du tout coupé l'oreille par amour mais plutôt parce que son voisin jouait du violon. Je veux bien le croire.

Le pire, c'était le 24 juin car apparemment elle a des copains comme elle : tous "musiciens". Ils étaient au balcon, ces nazes, à jouer ce qui semblait être des standards brésiliens. Tout à fait d'occasion pour la St Jean-Baptiste. Soit dit en passant, je trouve étonnant qu'au Québec on ait choisi comme emblème de fête nationale un mec qui était encore plus allumé (littéralement) que Jésus ! C'est très fort. Bref, je tiens à présenter nos plus plates excuses à la communauté brésilienne, on n'a rien à voir avec tout ça.

Pour me calmer, je me suis dit qu'on allait faire des gnocchis. Ça cale bien comme repas. Ça endort un tantinet.... J'ai fait un kilo 1/2 de purée (au lait de soja tout de même) dans laquelle j'ai mis une tête d'ail bien pilée, écrasée. J'ai rajouté une tasse de farine de riz brun, une de farine de riz blanc et 1/2 de tapioca. Une toute petite cuillère de gomme de xantham, sel poivre.. Une fois que la pâte devient consistante, on fait des long boudins minces et on coupe les gnocchis avec un ciseau. Au fur et à mesure on les jette dans une grande casserole d'eau bouillante. Quand ils remontent à la surface, ils sont cuits. On rajoute une bonne sauce tomate et du parmesan.... Miam ! Simple, de bon goût, tout pour plaire. J'ai éclusé une bouteille de blanc avec ça et j'avais moins envie d'aller étrangler l'idiote du dessus.

En passant, je sais pas pourquoi je me fatigue à partager mes recettes, y'en a pas un qui les essaye. Franchement c'est vexant. Il paraîtrait même que certains lisent mes délires uniquement parce que ça les fait rire. Je vois pas comment. Je suis pas drôle. C'est bien connu que les comiques s'échignent à faire rire pour combler un mal être profond, compenser un manque d'amour qui vient de l'enfance. Moi non, j'en ai rien à faire qu'on m'aime, mes parents s'en sont chargés quand j'étais jeune. Du coup, j'ai rien à compenser! Je leur reproche souvent d'ailleurs. J'aurai pu avoir une grande carrière.... tant pis.

En attendant, levez vos fesses de devant l'écran et allez faire à manger.

mercredi 17 juin 2009

La mousse au chocolat de Michel Oliver

:p

La mousse au chocolat de Michel

Tout d'abord, je tiens à m'excuser platement auprès des lecteurs qui attendent chaque semaine mes recettes avec impatience afin de ne pas faire la cuisine.

Mais, voyez-vous, mon père était parti en voyage. Ce que je trouve toujours perturbant. Quand il n'est pas là, j'ai plus personne pour pas m'écouter quand j'ai rien à dire. Ça bloque l'inspiration. Et puis ma mère en profite généralement pour essayer des trucs bizarres qu'il veut pas faire avec elle comme la salsa irlandaise ou le saut à l'élastique nue (il paraît que tout ce qui subit la gravité des années remonte d'un coup). Ça me flanque des palpitations.

En fait, il était parti se faire greffer une nouvelle prostate. Il semble que la prostate d'un jeune indien de 11 ans permet d'éviter les problèmes d'andropause (communément appelé "blues des abdominaux à la bière"). Tant qu'il y était, il a subi une chirurgie encore à l'essai : il s'est fait enlever les poignées d'amour (qui, avec l'âge, commençaient plus à ressembler à des chambres à air de pneu Goodyear) et les a faites greffer sur les bras et les épaules, histoire d'être plus taillé en V qu'en B. On vous tient au courant des résultats. Pour l'instant, il est encore un peu gonflé et tout bleu. Ça fait un peu Schtroumpf sous stéroïdes.

Pour en revenir au chocolat, lorsque j'étais adolescente, ma mère me demandait régulièrement de faire cette mousse comme dessert pour ses soupers chez nous. J'utilisais une grosse soupière en faïence et je mettais la produit final au frigo en faisant promettre à ma mère de m'en garder pour le lendemain. Hum ! Inutile de dire que je n'en ai jamais mangé... Au fil des années, j'ai joué avec les ingrédients et j'ai des fois songé à y incorporer un laxatif pour leur apprendre à pas m'en laisser.

J'ai pris la recette de Michel Oliver. Toujours eu un faible pour lui. On a l'impression qu'on le connaît. Il ressemble au voisin d'à côté. Plus abordable que la callipyge Nigella ou la rock-star Jamie. Quand j'étais petite, je lisais son livre de recettes en rêvant de frisée aux châtaignes, de turbotin (aucune idée de ce que c'est), de purée de potiron au céleri et autre boeuf braisé. C'est à cet âge que j'ai appris que le veau élevé sous la mer était en fait élevé sous la "mère". J'avais l'impression que c'était un veau du Mont St Michel. Ils arrivaient pas à enlever les animaux à temps vu comment la marée monte vite alors ils étaient effectivement élevés sous la mer. Pourquoi on faisait payer plus cher des veaux noyés me dépassait complétement.

Ce qui me faisait le plus envie c'était son "régime" whisky-chocolat : quand il rentrait du travail, il s'asseyait devant la télé avec une tablette de chocolat noir et une bouteille de whisky et avec chaque carré de chocolat il prenait une gorgée de whisky. Sa description me faisait envie jusqu'au jour où j'ai bu mon premier whisky et j'ai bien pensé avoir besoin d'une greffe de l'œsophage. Y'a pas plus immonde que le whisky. Si ! la Suze. Oh, la vache! ça sent le désinfectant pour maison de vieux.

Seul hic : j'ai rien noté des changements effectués au cours des ans. Quand je l'ai refaite récemment, elle ne ressemblait en rien à mon souvenir.... Ça avait peut être à voir avec l'endroit et le moment que j'ai choisis pour la faire. Il parait que quand on est stressé notre cuisine en souffre... Et là, j'étais stressée. J'étais chez ma sœur en train de casser les œufs lorsque sa voisine du dessus s'est mise à "faire de la musique". Elle joue du piano sans avoir la moindre idée de concepts tels que l'harmonie, la mélodie ou même la différence entre une noire et une blanche. Et elle tape du pied pour s'accompagner, hors rythme. La preuve vivante que le sens de la musique n'est pas une question d'envie, de volonté ou même de travail. Une étude est sortie récemment essayant de prouver que le talent musical n'est rien d'autre que de la persistance et de la discipline. Si c'était vrai, l'handicapée du solfège ce serait Céline Dion.

Bref, assurez vous d'être zen, essayez la recette, jouez avec les ingrédients et faites moi savoir quelles améliorations vous effectuez. Je sens que je vais pas être inondée de messages. Il parait que mes délires font rigoler dans les chaumières mais il semblerait que les recettes passent à la trappe. Navrant. Quand je pense au mal que j'me donne.

Dans une petite casserole, sur feu moyen, mettre 5cl d'eau avec 10cl de sucre. Attendre l'ébullition, laisser une minute puis enlevez du feu. Séparer blanc et jaune de 8 œufs. Mettre les blancs dans un grand saladier. Faire fondre 300gr de chocolat au bain-marie (prenez du très noir sans sucre ajouté, j'utilise souvent du chocolat pour diabétiques). Quand il fond, rajouter le sirop de sucre et bien mélanger. Dès que le tout est bien homogène, enlever du feu et ajouter les jaunes un par un. Incorporer 150gr de beurre. Monter les blancs en neige et mélanger avec le chocolat (pour cette technique voyez ma recette du gâteau au chocolat). Mettre le tout dans un plat à servir, frigo au moins 5hrs. Facile hein?

Bien sûr, Oliver conseillait d'ajouter 2 cuillères de whisky... à vous de voir.

samedi 30 mai 2009

Tofu et Compagnie

En cherchant un livre de cuisine hier soir, j'ai découvert que je possède deux exemplaires d'un ouvrage de référence incontournable : Le dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien-nantis (Pierre Desproges). De vraies perles de sagesse là-dedans. Je vous le conseille. Je me suis dit d'ailleurs que j'allais commencer mon propre dictionnaire.

Première entrée-
STM: Acronyme exclamatif utilisé à la place de "Sacrament d'Tabernac d'Métro" Employé principalement à Montréal le matin et le soir aux heures de pointe par des milliers d'innocents qui pensent pouvoir compter sur les transports en commun pour se déplacer.

Après avoir perdu une bonne heure à rigoler en lisant le dictionnaire de Desproges, j'ai finalement trouvé le maudit livre de recettes, acheté l'année dernière et soigneusement ignoré depuis. Rien que le titre me donne envie de me faire une poutine: "Tofu et compagnie." C'est débile comme titre. On sait tous que quand y'a du tofu, y'a pas de compagnie.

J'aime pas le tofu mais là, plus le choix, ordre du docteur. Il m'a fortement conseillé de laisser tomber la viande pour privilégier soupes de légumes et bouillons. En été ? l'enfoiré !

Il parait que c'est la rate. Quand il m'a annoncé ça, je lui ai demandé si elle se dilate, il m'a regardé le regard aussi vide que celui d'un hamster. Encore un qui s'est fait retirer le sens de l'humour au laser en même temps que sa cataracte. Il a aussi insisté sur les légumes racines alors je me suis mise au tofu.

Deuxième entrée:
Tofu: (n.m.) Bloc de protéines rappelant vaguement la polystyrène expansé. On le trouve en versions molle, ferme ou extra-ferme. Assez étonnamment, aucune de ces versions n'est meilleure que l'autre, on se demande vraiment pourquoi ils se fatiguent. Le tofu est prétendument fait à base de soja alors que tout le monde sait que ces enfoirés chez Monsanto ont tellement bidouillé le maïs transgénique que c'est devenu du tofu qui pousse tout prêt, comme ça, en petits blocs moches.

J'ai cherché ce livre de recettes un moment car la dernière fois que je l'avais vu il était rangé entre les œuvres complètes de Woody Allen (ma mère me lisait ça quand j'étais jeune, ce qui expliquerait certaines choses, je suppose) et le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort, un très gros pavé qui résume toute la philosophie bouddhiste. Enfin, si on considère 553 pages comme un résumé. Si vous l'avez pas lu, c'est pas grave, je vais vous faire ça vite fait : quand tout va bien, souriez béatement et faites vous nourrir par le voisin. Quand ça chie, empruntez le zippo du même voisin et immolez-vous par le feu. Tout comme le chirurgien s'habille en vert pour que les taches de sang soient moins effrayantes, le moine bouddhiste se vêt d'orange pour faire ton sur ton avec les flammes.

Bref, j'en étais à vous narrer mes premières tentatives avec le tofu. J'ai pas vraiment une recette spécifique à vous transmettre car, après une dizaine d'essais, je n'ai pu que confirmer que c'est vraiment pas intéressant. Seuls conseils : coupez le très très fin, genre papier à cigarettes, faites le mariner longtemps, cuisez le à peine à feu très fort. Et puis sortez au restaurant.....

NB: Je tiens à m'excuser auprès des membres de ma famille que je n'ai pas écorchés cette semaine. Rassurez-vous, je mettrai les bouchées doubles la prochaine fois.

dimanche 17 mai 2009

Mon fils m'a tuer

Non, y'a pas de fautes dans le titre, je sais encore accorder mon participe passé. Certains auront compris la référence, pour les autres voyez l'affaire Omar Raddad. Non pas Omar Khadr ni Amir Khadir. Aïe!

J'ai passé plusieurs rubriques à exorciser les démons du passé et prouver à tous que mon frère, ma soeur et moi sommes des modèles de résilience avec tout ce que nos parents nous ont fait vivre. Notamment cette manie de nous nourrir, nous éduquer et tenter de nous inculquer des règles de savoir-vivre qui font que maintenant on est trois petits cochons en santé, capable de se lever le matin pour aller travailler sans éprouver l'envie irrésistible de rincer nos chaussettes dans une fontaine publique nus comme des vers et défoncés au Sharpie.

Ma soeur et moi avons poussé le sens de l'adaptation jusqu'à nous reproduire et nous sommes rentrées dans le club des "momans", surtout ma soeur. Quel que soit le jour de la semaine ou l'heure de la journée, elle est toujours en train de discuter avec une copine (mama), d'aller a une réunion de copines (mama) ou de faire des bouillies (mama), chercher les meilleures couches bio sur internet, ou encore d'échanger des trucs d'éco-anxieuse avec sa copine Marika l'Allumée. Yuk! J'ai appris à rester loin des odeurs de vomis, cacas et autre rots parfumés à la purée de carottes. Ma période no-sex-in-the-city est passée et ça ne me dit rien de la revivre par procuration. Et puis j'aime pas les enfants des autres. Ils sont souvent vilains, mal élevés et toujours en train de chouiner. Le mien il est beau, mange ses glaces sans mettre une seule goutte sur son t-shirt, dit bonjour et merci (quand je le lui rappelle) et il fait la cuisine avec sa maman. Mais de temps en temps, il me tue. C'est que les enfants, c'est très fort pour traumatiser leurs parents... Je ne parle pas des disparitions de 30 secondes dans un magasin où notre coeur s'arrête de battre pour ce qui semble être une éternité. Ni même des vols planés au dessus du vélo qui nous figent sur place à se demander si c'est le bras ou les dents qui ont cédé sous le choc. Non, je parle des petites phrases assassines assénées sans prévenir.

Samedi après-midi de pluie, on se fait des muffins aux canneberges. La veille, j'ai mis à tremper des canneberges séchées dans du thé parfumé à la mangue et à la pêche, faut que ça reste toute la nuit au frigo. Je les draîne une heure avant de faire les muffins. On prépare le mélange à muffin. Ben oui, c'est du mélange en boite mais c'est sans gluten! C'est le problème des intolérances alimentaires, on peut vraiment pas manger n'importe quoi. Chez le médecin, ça me prend un sacré moment de remplir un dossier. Dans la rubrique "allergies" je commence toujours par écrire "ex-mari", les autres intolérances sont moins tragiques et j'ai toujours espoir d'un jour pouvoir m'en débarrasser. Au début, quand j'achetais de ce mélange à muffin (marque Glutino), c'était marqué "fait en Israel" maintenant c'est fait en Allemagne, l'ironie du sort...

On met les canneberges dans le mélange et on touille bien. Finalement, le plus dur c'est de mélanger le tout. Matt a des bras de petit garçon de 5 ans alors que je suis costaude. Je tiens ça de ma mère, elle a l'air de rien comme ça mais cette femme a la puissance de portage d'un déménageur du clan Panneton. Faut dire qu'elle a de la pratique. On a déménagé plus de 30 fois ces 39 dernières années. Papa croit qu'il est dans l'armée.

Pour en revenir aux muffins, l'étape suivante c'est de mettre la pâte dans les petits moules de couleurs. Matt travaille par couleurs. Parait que ça les rend meilleurs. Et puis on les met au four jusqu'à ce qu'ils soient dorés. Alors, vous me direz, pourquoi pas les faire au chocolat? Franchement, la canneberge.... Ben c'est bon pour plein de choses la canneberge. Le chocolat aussi, je sais. En y regardant bien, chaque aliment est bon pour quelque chose. En revanche, j'attends encore le légume qui rend moins con, j'en connais qui pourrait se le prendre en intraveineuse.

Le soir même, en mâchouillant pensivement son muffin, mon fils me regarde et me dit:
- Maman tu peux m'expliquer quelque chose?
- Oui mon chéri (prière silencieuse de la mère pour qu'on n'en soit pas déjà rendu aux questionnements sur la mort, le sexe ou "pourquoi le monsieur il est pauvre?")

- Je veux que tu m'expliques une chose que tu as faites qui était vraiment drôle.
- Ahhhhhh.....
Et là je me suis mise à réfléchir intensément. Pendant que ma vie défilait à l'envers devant mes yeux, ma descendance me regardait, le sourcil de plus en plus froncé. Il devait se demander pourquoi une réponse simple met autant de temps à être répondue. Les secondes s'égrènant, mon angoisse existentielle montait. Alors, mignon, il a précisé:

- Quelque chose de MARRANT que tu as faites...
-... on dit "fait" chéri (ça va me faire gagner du temps ça).
Tristement, je n'ai trouvé rien de mieux que de lui dire que la chose drôle à laquelle je pouvais penser c'est l'équipe d'aviron de mon université. Il a pris l'air consterné, alors je lui ai dit: "Euh, non en fait c'est quand on regarde Bolt tous les deux, çà c'est drôle." Il a secoué lentement la tête et, se servant d'une réplique du dit film (vous avez pas vu Bolt ? non ? mais louez le c'est trop dément), il a déclaré tranquillement: "Now I'm concerned on a number of levels". A-ssa-ssi-née!